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![]() Lévasion dune jeune Juive vers lEspagneInge (Berlin) Vogelstein avait 19 ans quand elle s'est évadée en Espagne en passant par les Pyrénées en avril 1943. Elle habite aux Etats-Unis.
Malgré les conditions de vie précaires, nous arrivions quand même petit à petit à un semblant dorganisation communautaire avant que le Sud de la France soit lui aussi occupé par les authorités allemandes. A partir de ce moment là, ceux dentre nous qui avaient atteint lâge de seize ans vivaient sous une menace permanente darrestation et de déportation. Cela survint en 1942 : les plus agés dentre nous furent arrétés et déportés vers le Camp du Vernet avec pour destination finale les camps de la mort en Europe de lEst. Sous nos yeux, dautres Juifs français et sûrement aussi dautres minorités fûrent entassées comme du bétail dans des trains vers une destinée fatale. Grâce aux efforts de la Croix Rouge Suisse, notre groupe a été autorisé à retourner vers la Hille. Très vite, nous constations clairement que cela nétait quun court instant de répis pour nous. Nous nétions plus arrétés en groupe mais individuellement à intervalles réguliers.Cest pourquoi, un certain nombre dentre nous décidèrent de faire une tentative dévasion, certains vers la Suisse, dautres comme moi vers lEspagne. Nous étions cinq à partir vers les contreforts des Pyrénées. Après quelques temps deux dentre nous ont décidé de retourner à la Hille. Il nous manquait tout pour mener à bien une pareille expédition : nous navions pas de chaussures et vêtements adaptés, même pas de boussole et très peu de nourriture. Nous devions retrouver un guide sauf erreur, cétait à St Girons. Mais cette personne nétait pas au rendez vous. Nous navions alors pas dautre choix que de partir seuls vers les montagnes. Avec tombée de la nuit et les pentes devenant de plus en plus raides, notre moral sombrait. Nous avons décidé de frapper à la porte dune ferme isolée et demander la permission de dormir dans la grange pour la nuit. Une femme très gentille nous accorda lasile et peu de temps après elle nous apporta une soupe chaude en bravant la pluie : un vrai cadeau de dieu. La femme ne semblait pas surprise davoir des hôtes aussi étranges, elle semblait plutôt y être habituée. Elle na jamais demandé nos intentions. Pendant que nous nous revitalisions avec sa bonne soupe chaude, elle nous dis que nous navions aucune chance de traverser les Pyrénées sans un guide et que son fils était prêt à nous conduire jusquà un certain endroit à partir duquel il nous serait plus facile de continuer tout seuls. Ni elle ni son fils nous ne demanda rien en retour. Tôt le matin, le jeune homme vint nous chercher à la grange et nous partimes ensemble. Lascension était laborieuse mais cela ne ma pas empéchée dadmirer la splendeur de la montagne au levée du jour, cest une impréssion inoubliable que je naimerais pas avoir ratée. Après quelques heures dextrèmes efforts, il sarreta et nous indiqua la direction à prendre; puis il fit passer son béret où nous y déposâmes le maigre contenu de nos poches. Il était temps de nous séparer et nous le remerciâmes de tout notre coeur. Il retourna vers la France pendant que nous prenions la direction opposée. Nous avons eu beaucoup de chance, nous navons pas rencontré de soldats sur le côté français. Les premiers Espagnols que nous rencontrâmes étaient un couple de bergers, ils vivaient complètement isolés quasiment dans une grotte. Malgré la barrière de la langue, ils nous ont offert lhospitalité.Tout comme la femme de la grange, ils ne manifestaient aucune surprise de nous voir. Eux aussi semblaient dêtre habitué à de tels visiteurs. Ils nous ont offert leur grenier de foin pour la nuit et nous navons jamais dormi aussi profondément. Nous étions vraiment exténués. Ils ont très gracieusement partagé leur repas du soir avec nous qui consistait en une polenta et du lait de chèvre. Peu de temps après un officier très poli de la patrouille espagnole vint nous arrêter et nous conduisit dans sa voiture officielle vers la ville la plus proche, Lerida, et nous délivra aux autorités. Même si nous étions prisonniers, nous étions heureux et soulagés. Nous étions traités civilement et nous ne furent pas reconduits à la frontière. --Trad. Y. Tschierschke Le frère d'Inge, Egon Berlin, est resté en Ariège et devenu un maquisard. Il est mort en combat près de Roquefixade à l'age de 16 ans. Il est enterré au cimetière de Pamiers. |