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L'Occitanie, qu'est-ce que c'est?... ...Un état? une nation? un pays? un espace culturel? un mythe?... Un état, certes non; du moins pas pour le moment. Une nation, peut-être; si, distincte de l'état, la nation représente un peuple doté d'un fond linguistique et culturel commun et surtout d'un esprit et d'aspirations communes. Un pays, à coup sûr; entre la Méditerranée et l'Atlantique, des Alpes aux Pyrénées; pays ouvert et de passage que certains ont voulu appeler l'isthme gaulois; pays montagnard aussi surtout, véritable conservatoire de groupes humains et de traditions qui remontent pour la plupart à la plus ancienne préhistoire, préindoeuropéenne. Espace culturel, incontestablement; celui où se parlait, où se parle encore, bien que très occultée, la chantante langue d'oc, porteuse de mille ans de littérature et qui a été la langue de la poësie pour toute l'Europe, jusqu'en Hongrie, aux 12e et 13e siècles, et qui reste la clef la plus efficace pour aborder les autres langues latines vraies que sont l'italien, l'espagnol, le portugais et le roumain--sans parler du catalan, la langue jumelle, que certains considèrent comme une simple variante de l'occitan, ce qui définirait un vaste complexe linguistique et culturel étendu de Valence du Rhône à Valence d'Espagne, et même au-delà jusqu'à Alicante, et de Bordeaux à Nice, en se moquant des frontières d'état, se répandant dans le Val d'Aran et dans les vallées du Piémont italien, sans compter les îles Baléares, l'Alguer en Sardaigne et Guardia Piemontese en Calabre. Et il faut savoir que, bien que souvent appelée romane, comme au moyen-âge, la langue occitane est enseignée, entre l'Europe et l'Amérique, dans plus de cent universités et même jusqu'au Japon.
Concrètement, l'Occitanie représente le tiers sud méditerranéen de l'état français, soit trente-deux départements, sauf les Pyrénées Orientales catalanes et la moitié basque des Pyrénées Atlantiques. Treize à quatorze millions de personnes l'habitent dont huit comprennent la langue occitane, cependant que seulement trois à quatre millions de ces dernières la parlent, sous la forme de l'une de ses six variétés dialectales: gascon, languedocien, provençal, limousin, auvergnat et vivaro-alpin. Il faut leur ajouter, dans l'état espagnol, le Val d'Aran, autonome à l'intérieur de l'autonomie catalane, le seul endroit au monde où l'occitan, dans sa forme gasconne, soit langue officielle, et dans l'état italien, une dizaine de hautes vallées du Piemont, du côté de Coni.
Cette entreprise indépendantiste fut bientôt reprise par les ducs d'Aquitaine et surtout, à partir de 920-950, par les comtes de Toulouse qui dominaient un vaste territore, d'Agen à Forcalquier, où au contact de la civilisation arabo-andalouse voisine, non seulement s'épanouirent, en premier en Europe, les sciences et techniques héritées par les Perses de l'antiquité grecque, mais où naquit encore l'art poëtique des troubadours qui inventèrent la "fin" amour -- l'amour courtois -- et les vertus qui l'accompagnaient: mesure, largesse, égalité, jeunesse et joie. Cest dans ce contexte d'ouverture et de tolérance que se developpa l'hérésie cathare qui servit de prétexte à la croisade albigeoise (1209), à la création de l'Inquisition (1229) et à l'annexion par le roi de France des terres de Toulouse (1271) qui devança de beaucoup celle de l'Aquitaine et de la Provence et qui anéantit la civilisation des troubadours. Sa destinée politique étant stoppée pour longtemps, il restait encore à l'Occitanie une resplendissante vocation culturelle et littéraire, avec trois renaissances avérées dont la dernière, depuis les années 1970 se teinte à nouveau de politique, avec une revendication autonomiste parallèle à une éclosion nouvelle de la chanson, personnifée par Claudi Martí, Rosina de Pèira, Miquèu Montanaro, Jan Maria Carlotti, Jan dau Melhau et bien d'autres. Renouveau aussi du théâtre, illustré par de nombreuses troupes d'amateurs et par les professionnels de "La Carrièra", "La Rampe", "Comèdia dell'Oc", "La Gargamelle" ou la "Comédia Occitana Tolzana." La création d'écoles occitanes -- les calandretas -- et de sections bilingues occitan-français dans les établissements de l'éducation nationale, cependant que paradoxalement la pratique publique de la langue recule. Un espoir: la signature par l'état français de la charte européenne des langues minorisées et l'entrée dans l'Europe qui obligera sans doûte ce même état à reconnnaître sa diversité linguistique et culturelle. _______________
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